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samedi 20 sep 2014

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MP

"On y redécouvre, par exemple, un fait longtemps occulté depuis 1918: avant le déclenchement du conflit, et sans avoir besoin de la guerre, l'industrie et la finance allemandes étaient en train de dominer, pacifiquement, le continent européen…"

Occulté par qui ?
De mes lointains souvenirs de cours d'Histoire-Géographie dans un lycée public de province sous la houlette d'enseignants certifiés "union de la gauche", il me revient clairement que l'Allemagne de la belle époque était la première puissance économique et scientifique du continent européen, et qu'elle taillait allègrement des croupières à une industrie britannique dont la suprématie était également menacée dans ce domaine par la jeune nation américaine.

Au yeux de ces aimables professeurs, l'Allemagne de Guillaume se coiffait même d'une couronne philosophique supplémentaire : elle était la "Jérusalem" du socialisme, c'est dire si elle était par eux encensée.

De notre point de vue contemporain, celui d'un monde aux frontières économiques très ouvertes, l'Allemagne n'avait, effectivement, aucun véritable intérêt à attaquer ses voisins (ce qu'elle a fait, indubitablement, avec celui dont elle ne pouvait pourtant pas prétendre qu'il constituait la moindre menace, à savoir la Belgique...).

A nos yeux, donc, pas plus d'intérêt à l'agression contre la France, puisque la guerre nous a tout de même été déclarée
par elle, que les USA n'avaient d'intérêts à agresser l'Irak en 2000...car l'Irak ne menaçait aucunement ni la suprématie américaine au Proche-Orient ni le dynamisme de l'économie outre-atlantique.

Cependant, ce raisonnement, pour logique qu'il puisse paraître aujourd'hui, souffre d'un mal encore pire que le travestissement volontaire de l'Histoire, qui est, lui, aisément décelable : c'est le mal de l'anachronisme.

L'Allemagne de 1914 n'était pas principalement dirigée par des élites rhénanes fortement américanisées et libérales comme elle l'est aujourd'hui et cela depuis 1945, mais par une vieille dynastie prussienne, appuyée politiquement sur une aristocratie de la même eau et une bourgeoisie toute imbue d'y entrer, dynastie dont le représentant principal, l'empereur lui-même, rappellait lors d'un déplacement en Norvège avant-guerre, qu'elle représentait les valeurs traditionnelles de l'Europe chrétienne, contre le "mercantilisme anglo-saxon".

Dans le monde de 1914, la puissance économique allemande ne manquait de rien, en matière de dynamisme démographique, de connaissances scientifiques et de capitaux, mais manquait de tout en matière de pérennisation des ses approvisionnements et de ses débouchés économiques.

Plus de 30% du minerai de fer consommé par l'industrie Allemande provenait...de France, dont une bonne part de ce bassin de Briey, dont le premier ministre impérial, Bethmann-Hollweg, ne manquera pas de demander, devant le Reichstag début Septembre 1914, le bénéfice pour son pays en cas de victoire, à ce moment assurée, pour ses armes.

D'autre part, dans un monde qui, à l'époque, faisait de l'expansion coloniale la "marque de fabrique" des nations qui comptent, l'empire allemand n'en comptait presque pas, hormis quelques pauvres confetti, auquel l'empereur lui-même n'avait pas pu ou su ajouter le royaume chérifien en 1906, et à nouveau 1912, au grand dam de son opinion, vexée que le vaincu de 70, supposé se vautrer dans la décadence du "gai Paris" puissent ainsi en remontrer aux successeurs de chancelier de Bismarck.

Dans le même ordre d'idées, avec la démographie très dynamique qui était la sienne, l'empire n'était déjà plus tout à fait auto-suffisant du point de vue alimentaire dans ses frontières de l'époque, et ses élites lorgnaient donc avec envie vers les vastes espaces agricoles de l'Ukraine occidentale dont la mise en valeur était si fortement limitée par l'arriération de l'agriculture russe.

Pour finir, il n'est pas jusqu'au socio-démocrates qui ne menacaient ce magnifique, mais pourtant fragile, édifice économique et social.

Bien que tenus, par les lois du Reich, à distance du gouvernement (le Reichstag ne pouvait pas renverser le gouvernement impérial et ses membres prussiens était élus par ordres, assurant de fait la majorité à l'aristocratie et à la bourgeoisie conservatrice) et même des administrations (il était interdit aux membres du SPD de postuler pour cause de non-compatibilité du programme social-démocrate avec la nature monarchique du régime) civiles et municipales, la progression électorale constante des socio-démocrates ne lassait pas d'inquiéter des élites qui redoutaient l'affaiblissement de cette "paix bourgeoise" qui constituait l'un des piliers, à leurs yeux, de la réussite de l'empire depuis sa proclamation en 1871...dans la galerie des glaces de Versailles.

Comment, dès lors, ne pas rêver de ré-affermir par un nouvel exploit militaire, semblable à celui de 1870, cette "sainte alliance" entre aristocratie prussienne et bourgeoisie rhénane sur le dos du vieux concurrent de l'ouest, à savoir la France ?

De la Russie, déjà humiliée dix ans plus tôt par une nation, le Japon, formée militairement à l'allemande, et minée par les dissensions politiques et sociales, il ne serait fait qu'une bouchée, une fois l'adversaire principal, la France, mise hors-jeu.

C'est ainsi qu'a pu germer, dans l'esprit des responsables allemands, l'idée que par un coup de poker imité de celui de 1870, ils pourraient tout à la fois dérober aux français une part significatives de leurs colonies africaines, asiatiques et océaniennes, un bassin minier en Lorraine, peut-être même un port sur la Manche (Dunkerque), et aux russes leurs marches occidentales dont ils jetteraient alors un morceau à leur vassal autrichien, à toutes fins utiles.

L'Allemagne est aussi coupable de 1914 que nous le sommes de 1792, ou de 1812, que les russes le sont de 1940 et de 1941, et les britanniques et les américains de 1939, et de toutes les guerres depuis 2000 jusqu'à nos jours.

La repentance française, même pour aller une dernière fois uriner sur la pierre tombale des "rad-soc", qui ne méritent pas tant d'honneurs, doit cesser.

Sur ce sujet aussi.

mersenne

Bravo à l'énigmatique MP!
Je suis preneur d'autres proses de sa part.
Grand merci.

Coriolan


-Nouvelle Revue d'Histoire numéro 14:Le monde de 1914,septembre 2004 et Hors-série numéro 8:Eté 1914.Pourquoi le suicide de l'Europe?Printemps 2014.

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