Dès la semaine dernière on pouvait comprendre que les choses sérieuses allaient commencer. Nous retournons vers le pire des enfers, celui de la médiocrité satisfaite. Nous volions vers la confirmation de tristes pronostics, comme la dégradation de la notation de l'État central parisien, en attendant celle des collectivités locales. À vrai dire, depuis mi-octobre l'écart des taux d'intérêts français et allemands avaient anticipé la note de Standard's and Rich.
Ah, tout de même, l'avion du retour après un voyage lointain ! Après avoir été coupé volontairement de tout contact avec le tintamarre franco-français, on retrouve toujours avec plaisir un peu du climat du cher vieux pays, ses parfums élégants, ses son charme rien qu'en quittant les compagnies aériennes sud-américaines pour monter dans un avion d'Air France.
On ne perd pas de vue non plus les travers de nos compatriotes, on les devine à nouveau, si bien organisés pour que tout fonctionne bien, si lents à improviser, si difficiles à faire réagir dans l'épreuve.
Et de saisir à l'entrée les exemplaires proposés des quotidiens parisiens. Sans surprise les Échos 9 janvier titraient, de manière ambiguë, sur la énième rencontre Sarkozy Merkel à Berlin. Déjà dans l'hôtel de Santiago où nous avions passé notre dernière étape, sas de décompression après le désert, après avoir arpenté le passionnant Musée Historique National, nous en avions reçu l'éclairage négatif donné par BBC World. Les eurosceptiques anglais semblaient exulter face à la lancinante crise de l'euro, soulignant les difficultés des prises de décision au sein de l'Union européenne, et devant le spectacle des discordances entre Continentaux.
Difficile de prôner l'entente intergouvernementale franco-allemande, et sur la convergence fiscale rhénane, en affirmant que la "France seule" s'appliquerait à elle-même la taxe Tobin, pour complaire à la petite gauche d'Attac, après avoir soutenu jadis l'absurdité de ce cavalier seul.
La contradiction n'échappe à personne.
De son côté, CNN Chile effleure à peine le sujet. En Amérique latine, à vrai dire, on semble attacher plus d'importance à la tournée d'Ahmadinedjad auprès des gouvernements "chavistes" du Venezuela, de Cuba, du Nicaragua et de l'Équateur qu'aux divergences entre Européens. On se préoccupe aussi de la nouvelle tension entre la Grande Bretagne et l'Argentine, à propos des Îles Malouines, etc.
Ce qui retient l'attention au bout du compte nous ramène à la fois à la conjoncture incontournable de l'élection présidentielle comme à l'aspect fiscal du projet du candidat Hollande, en contradiction avec son parti. Sans surprise, favori des sondages à l'automne, il baisse lentement mais sûrement pendant l'hiver, au moins dans les estimations publiées par le Journal du Dimanche de ce 8 janvier.
À peine objectera-t-on que le JDD comme les Échos, comme le Figaro comme LA Tribune, etc. dépendent étroitement du quatuor monopoliste Arnaud-Pinaut-Dassault-Lagardère qui encadre et quadrille méthodiquement l'information distillée aux Français, à peine articulée sur la petite différence du gros argent de gauche, celui d'un Pierre Bergé incardiné au "Monde".
En réalité le tassement du prétendant socialiste s'explique aussi par le flou et l'absurde de sa déconstruction sociale et fiscale. En s'attaquant au quotient familial, croit-il vraiment exprimer les "nouveaux choix de vie"? Ceux-ci ne compliquent même pas le travail des bureaucraties fiscalistes car les familles recomposées, et autres assemblages quasi matrimoniaux, calculent, au même titre que les autres ménages, leurs droits à déductions : les enfants de nos chers candidats ont d'ailleurs sérieusement passé l'âge de figurer sur leurs déclarations d'impôts.
En fait on se trouve en présence de l'une des grandes réformes avancées par l'équipe Piketty dans son Petit Livre Rouge. RÉsolument destructrice, comme l'idée de fusionner la CSG et l'impôt sur le revenu, elle va plomber à gauche toutes les propositions de la campagne.
De manière prévisible on donne la parole à Montebourg, toujours bien coiffé, toujours péremptoire, toujours empressé à intervenir quitte à dire n'importe quoi. Ce qu'il répète aux Échos mérite d'être mentionné, puisqu’il réaffirme tout simplement ce que l'immense majorité des sympathisants mêmes du parti socialiste ont rejeté lors des primaires : les thèses du protectionnisme.
Ceci révèle à la fois le malaise profond de la gauche, incapable de proposer autre chose pour relever le défi du "produire français".
Relancé habilement par François Bayrou, ce dernier mot d'ordre servira sans doute de canevas à l'une des principales interrogations communes du scrutin présidentiel.
Mais ceci montre aussi qu’en véritable adepte du marxisme, dont il ne fait que présenter une version édulcorée, le camarade Montebourg revient toujours à sa proposition, sans se lasser, quitte à trahir les sociaux-démocrates auxquels il a feint de s'être rallié. Il soutient Hollande, et avec lui toute l'aile gauche du parti, comme la corde soutient le pendu.
Les gens sérieux du PS peuvent ainsi mesurer la béance qui les précipite, contre leur gré, dans ce que précisément ils disent ne vouloir plus : le retour au congrès d'Épinay de 1971, au programme commun, à l'alliance socialo-communiste, aux catastrophes du gouvernement Mauroy de 1981.
Halte donc à cet archaïsme. Halte au mauvais sketch.
JG Malliarakis
En réponse au projet fiscal de la gauche...
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