Mais de quelle gauche s'agit-il ?
Sur de nombreux thèmes de société, pour complaire aux amis de M. Delanoë ou de M. Bergé, et pour déplaire à ceux de Mme Boutin, on a habilement brodé pour donner un peu de lustre aux programmes les plus éculés. Adoption, mariage, théorie du "genre", contre-culture, tout cela ne coûte pas cher, pourquoi se le refuser quand cela rapporte des voix ? Doublement du plafond du livret A, blocage des loyers, toujours l'illusion, toujours la poudre aux yeux, toujours des slogans aguicheurs qui ne résolvent aucun problème mais qui au contraire les aggravent tous !
Comme on va le voir, la seule idée un peu évolutive porte en fait sur la laïcité. Pas vraiment novatrice dira-t-on. Certains pourraient y voir un retour au point de départ, c'est-à-dire à l'époque de la victoire du parti radical en 1902. Le nouveau laïcisme est arrivé.
Le candidat de la gauche sait se faire applaudir de salles acquises d'avance, celles qui attendaient depuis les primaires que leur champion entre en lice. Mais il peine, de toute évidence, à racoler auprès de ce qu'on appelait autrefois dans la rhétorique du PCF les "larges masses prolétariennes". L'électorat ouvrier ne semble guère non plus s'intéresser à la campagne Mélenchon qui, certes, pose un problème à l'aile gauche du PS, un problème philosophique, un problème de positionnement, un problème d'état d'âme. Mais celle-ci semble, pour l'instant, voué à ne recueillir que 2 % des intentions de vote au premier tour dans la catégorie sociale autrefois préférée des marxistes. Faible apport en vue du second tour.
Pour complaire à la petite extrême gauche, pour se ménager au second tour les suffrages et les ralliements de la nuée des structures militantes et de leurs réseaux, le président du Conseil général de la Corrèze n'a pas hésité à s'afficher en compagnie de Hessel. (1)⇓ Ça ne mange pas de pain. Et cela en distribue encore moins aux affamés. Le vieil exhibitionniste de l'indignation gratuite prend ici une dimension disproportionnée. On la jugera hélas à la mesure exacte des 4,5 millions d'acheteurs mondiaux de son livre creux mais d'excellente vente.
Tel ce "chef qui ne s'est jamais trompé" désignant en 1943 le "marché noir" comme l'homme à abattre, là où on s'attendait à le voir citer Pierre Laval, le Hollande 2012 nomme son ennemi : "la finance". Celle-ci doit trembler, pour sûr. Demain, en effet, il empruntera de force à la banque de Chine, aux fonds de pensions californiens et à l'émir du Qatar de quoi boucler les fins de mois de l'État républicain. Il persiste à voir dans la suppression des "cadeaux faits aux riches" et dans le maintien des dépenses publiques la voie du redressement budgétaire. Et le public applaudit. On ne réduit pas les gaspillages : il n'en existe aucune sorte dans les comptes de la république. On "maîtrise", on "gère", à l'instar sans doute de ce qui s'accomplit dans le département qu'il préside, le plus endetté de l'Hexagone.
Toute cette petite cuisine, à dire vrai, ne surprend que par le vague des promesses et la modestie des propositions. La cote du doctrinaire fiscaliste Piketty et de son camarade égalitaire Chavagneux n'apparaît pas en hausse : on utilisera peut-être une ou deux recettes de leurs petits livres rouges ou blancs, mais on en a rabattu sur la révolution fiscale, tout en jetant encore les bases de hausses très probables des impôts. Mais de ce point de vue il faut reconnaître, aussi, que la partie adverse ne garantit pas de vraies réjouissances, elle qui, au cours de l'année 2010, a pris 130 mesures de hausses des impôts. (2)⇓
La vraie novation par conséquent consiste à revenir à un discours qui reprend la laïcité de 1905 comme socle indépassable de l'identité française. Ceux qui ont pris la peine d'étudier cette période comprendront aisément qu'aucun des problèmes de l'époque ne correspond à la nôtre. Le gouvernement Émile Combes, celui de "l'union des gauches", telle qu'on la pensait alors, ne ressemble en rien à ce que se propose de faire Monsieur Hollande. Les fameuses "fiches" (3)⇓ , œuvres répugnantes et persécutrices de la franc-maçonnerie de gauche, étaient confectionnées au secrétariat du grand orient de France. Elles visaient les officiers catholiques, royalistes ou nationalistes. Elles n'ont sans doute jamais été abolies, ni d'ailleurs sanctionnées. Le système est bien rodé, on le trouve presque naturel au soi-disant "pays des Droits de l'Homme". Ça fonctionne tout seul : pas besoin d'en rajouter pour Monsieur Hollande qui "aime les gens", et qui probablement n'ambitionne pas de couper beaucoup de têtes.
Il propose simplement aujourd'hui d'inscrire la loi de 1905 dans la constitution. Mais au fait, à quoi cela servira-t-il, puisque la laïcité a déjà été ajoutée par le texte de 1958 qui renvoie au préambule de la Quatrième république ? Dire que celle-ci se veut "laïque" revient exactement au même.
S'il s'agit de figer cette législation, votée pour "séparer l'Église de l'État", cela veut dire simplement que l'on rendrait intangible ses dispositions concrètes. Ainsi l'on interdirait, définitivement, aux maires de subventionner la construction de mosquées, ou même indirectement de leur en fournir les terrains, non plus au nom d’une simple loi, mais en vertu des dispositions supposées inoxydables de la constitution. Ainsi les maires socialistes qui cherchent les voix "communautaires", comme le fait Mme Aubry à Lille ne pourraient plus le faire. Ou bien cela leur donnera un alibi pour ne plus y succomber. Cela ne nous fera certes pas trop pleurer, mais on ne saurait dire qu'il s'agit de "flatter la gauche". Tout au plus console-t-on, discrètement, d'autres fraternités.
On prétend qu'il rompt, de la sorte avec le multiculturalisme. Il ne fait que chercher à donner des gages qui se révéleront bien illusoires.
Cette gauche régressive retourne au radicalisme de ses arrière-grands-parents. Certes elle flatte beaucoup les penchants égalitaires de l'idéologie jacobine, tout en évitant d'aller au fond des problèmes. Édouard Herriot le faisait encore mieux. On n'arrête pas le progrès.
JG Malliarakis
Apostilles
- cf. leur [faux] débat de Nantes du 20 janvier.⇑
- cf. article de Jean-Philippe Delsol in "Valeurs actuelles" du 15 décembre 2011.⇑
- cf. "L'Affaire des fiches" par Jean Bidegain.⇑

Tout mou, tout flou, Monsieur Hollande est connu pour son incapacité à prendre des décisions, de trancher. Si par malheur, il arrivait à investir la magistrature suprême, cela nous ferait tomber de Charybde en Sila.
Rédigé par : CC.RIDER | mercredi 25 jan 2012 à 12:14
Avec Nulande nous aurons un quinquina correspondant aux institutions de la " 5ème ". Remarquez qu'il ne pourrait faire pire que l'auteur de la paille et du grain pour descendre les Gaulois dans les Enfers ; ni pire que l'énarque immobile qui caressait si bien le cul ... des vaches.
A mon humble avis il est temps d'adopter la Constitution Américaine - avec ses amendements de liberté - pour passer enfin à la Démocratie : ne sommes nous pas au 21ème siècle ?
Rédigé par : Dominique Dutour | jeudi 02 fév 2012 à 19:54