Ce jeudi 26 janvier était lancé par le candidat socialiste un catalogue de 60 propositions étalées sur 40 pages. Celles-ci développent le discours prononcé au Bourget le dimanche 22. Ce document de propagande devrait être imprimé à 15 millions d'exemplaires. Il devrait, autant que possible, être distribué au public par les militants de gauche. Il constitue donc le socle affirmé des engagements sur la base desquels, s'il l'emporte le 6 mai, l'actuel élu de la Corrèze ambitionne de gouverner la France.
On remarque d'ailleurs à la lecture de ce texte, qu'apparemment la plupart des commentateurs agréés n'ont à ce moment ni lu, ni encore moins assimilé, toutes les phrases sont écrites à la première personne, « je ferai ceci », « je ferai cela ». Il s'exprime à l'indicatif, usant et abusant peut-être de sa position actuelle de favori des études par sondages. Il envisage l'Hexagone et l'Outremer, où se trouvent ses électeurs. Les institutions communautaires de l'Europe, dont pourtant dépendent beaucoup de décisions qu'il annonce, semblant reléguées dans l'obscurité et l'insignifiance.
Nous serons évidemment amenés dans les semaines qui viennent à passer au crible cette sauce à laquelle les contribuables seront mangés.
À ce jour, il plaide sur ce point pour une fusion, « à terme, de l'impôt sur le revenu et de la CSG dans le cadre d'un prélèvement simplifié sur le revenu » et la création d'une « tranche supplémentaire de 45 % pour les revenus supérieurs à 150 000 euros par part ».
Cette annonce d'une réforme « à terme » veut bien dire que le projet néomarxiste de l'équipe Piketty attendra « un certain temps » avant de voir le jour. La Révolution fiscale fait sans doute peur à l'ancien premier secrétaire du parti socialiste, aussi bien en raison de l'égalitarisme dont elle se réclame que des difficultés pratiques qu'il engendrera. On en retrouve cependant la logique, celle aussi du camarade Chavagneux, qui fait « du monde de la finance » l'ennemi du genre humain.
Entre autres réformes cosmétiques, et en tête de ses préoccupations, notre nouveau sauveur prétend donner désormais la « priorité » aux PME, et même aux artisans et aux commerçants. Il annonce donc avec éclat la création d'une Banque publique d'investissement — qui existe et fonctionne déjà sous d'autres noms.
Tout cela appelle donc un examen d'autant plus approfondi que, sur de nombreux points, on peut s'attendre à la convergence de la part du camp gouvernemental.
Il nous paraît donc intéressant d'explorer sur quels terrains celui-ci s'apprête à faire porter ses attaques.
Dans un entretien publié par Le Figaro du 25 janvier, Mme Pécresse donnait le ton de la réponse.
Notons qu'alors l'ensemble des « 60 mesures » n'étaient certes pas encore officiellement connue. Mais le discours du Bourget du 22 les laissait entrevoir.
Au sujet des critiques d'origine gouvernementale commençons ainsi par une double remarque.
D'abord, de par ses fonctions de ministre du Budget, elle peut être considérée comme la mieux placée pour répondre à des propositions qui portent en très grande partie sur le domaine des finances publiques. Elle dispose, pour son information et peut-être même pour son inspiration, de l'énorme cohorte d'inspecteurs des Finances, de collaborateurs et de conseillers de son administration.
Une des caractéristiques de nos démocraties, depuis les années 1920, accorde d'ailleurs aux ministères des Finances un rôle clef dans toutes les grandes décisions. Les questions de sociétés passionnent souvent les foules mais elles ne se traduisent pas par des conséquences budgétaires immédiatement perceptibles. Pour les autres problèmes, il n'existe guère de propositions qui ne comportent une part d'obstacles relevant du fameux article 40 de la constitution de 1958. Rappelons-en la formulation : « Les propositions et amendements formulés par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l'aggravation d'une charge publique. »
D'autre part, on soulignera que les propos de Mme Pécresse rapportés par Le Figaro semblaient plus apaisés, moins passionnels et combatifs qu'à l'ordinaire. On peut donc supposer que son inspiration puise largement dans les réflexions de la forteresse Bercy.
De la sorte on ne nous en voudra pas de les passer au crible avec un peu plus de considération que s'il s'agissait de la simple déclaration d'un homme de droite quelconque.
Ne cherchons pas à la contredire quand elle fait au candidat socialiste ce curieux reproche : « Il n'arrive pas à reconnaître que le bilan du chef de l'État à l'international est remarquable. » Issue elle-même de la famille chiraquienne elle ne semble pas percevoir la subtilité, et le danger, de la proposition d'un « nouveau traité franco-allemand ». Par son flou artistique, et son caractère « intergouvernemental » cette formulation, qui se révélera ingérable dans la pratique, permet de réconcilier artificiellement les deux branches de la gauche qui se sont séparées lors du référendum de 2005.
Reconnaissons aussi que sur deux points très forts elle enfonce le clou avec pertinence.
Hollande prétend revenir sur la réforme des retraites. Elle répond : « faire partir à taux plein les salariés âgés de plus de 60 ans ayant cotisé 41 ans, comme le propose le candidat socialiste, n'est pas tenable. La réforme des retraites que nous avons menée en 2010 permet de réaliser 17 milliards d'économies d'ici à 2017. Ce que le candidat socialiste propose effacera 15 milliards d'euros d'économies prévues. »
Hollande remet en cause la réduction progressive du nombre des fonctionnaires. Réponse : « Revenir sur le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite comme le veut François Hollande, alors que nous nous sommes engagés à le poursuivre, c'est 4,5 milliards de dépenses en plus. »
En revanche, on s'étonnera de la nouvelle doctrine de « l'effort » fiscal.
Elle invoque en effet les « engagements que la France a pris envers ses partenaires européens d'un retour à l'équilibre de nos finances publiques en 2016. Pour atteindre cet équilibre, nous nous sommes engagés dès 2011 et jusqu'en 2016 à réaliser 115 milliards d'euros d'effort. Cela suppose, continue-t-elle, à la fois de baisser les dépenses et de faire des réformes structurelles. »
Qu'est-ce donc à dire que cet « effort » ?
« Nous avons fait le choix d'y parvenir selon la répartition suivante : deux tiers d'économie dans les dépenses et un tiers de nouvelles recettes. François Hollande n'assume aucune mesure d'économies. Il roule même à contresens ! » conclut notre brillante ministre.
Le malheur de son propos tient à ce que ni lors des deux lois de finances rectificatives de 2011, qui portent la marque conjointe des deux ministres actuels de Bercy, ni dans le projet de budget qu'elle a déposé en septembre, ni dans le texte peu différent finalement voté par l'Assemblée nationale et publié au Journal Officiel en date du 29 décembre, on ne retrouve cette règle des deux tiers de réduction des dépenses et un tiers « d'effort » fiscal en plus.
Si par réduction des dépenses, et Pécresse et Bercy devaient entendre simplement « suppression des niches fiscales », alors dans ce cas et Pécresse et Bercy se tromperaient au moins autant qu'ils trompent leurs interlocuteurs : supprimer une déduction revient à augmenter la pression fiscale pour financer des dépenses évoluant, perpétuellement, elles, à la hausse.
D'accord par conséquent pour le principe de cette critique du programme Hollande. Mais les objections qui en découlent épargnent à peine l'équipe sortante et son bilan.
JG Malliarakis
En réponse au projet fiscal de la gauche...
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L'article 40 de la Constitution de 1958 que vous citez est très intéressant parce qu'il montre :
- soit que tous les gouvernements successifs depuis (en gros) 1981, de gauche comme de droite, ont pris des "libertés" avec cet article,
- soit que l'inscription dans (comme on dit) "le marbre de" la Constitution ne signifie rien aux yeux de nos hommes politiques.
Rédigé par : Pierrot de la Luna | vendredi 27 jan 2012 à 20:58
@Pedro de la Luna
En fait cet ancêtre de la "règle d'or" correspond à une époque où l'on pensait que la dépense publique, et la démagogie, étaient le fait des parlementaires. Dans l'esprit des constituants de 1958, il s'agissait de brider et de brimer leurs initiatives. Cela n'a pas peu contribué à humilier les deux chambres. On voit le résultat.
Rédigé par : JG Malliarakis | vendredi 27 jan 2012 à 21:17
Il me vient à l'esprit que la " Comédie du spectacle ( politique ) " écrite par Guy Debord est de plus en plus actuelle
Rédigé par : . | lundi 30 jan 2012 à 23:28