Certes, il annonçait ce qu'il tient à l'avance pour "une bonne nouvelle : l'euro a tenu". Sur cette question, on peut se ranger à l'avis de Pascal Salin (1): "Il n’y a pas de raison de faire éclater la zone euro" car "la reprise économique passe avant tout par une meilleure gestion publique." La sortie de l'euro aggraverait aujourd'hui les problèmes des pays surendettés : la comparaison des réformes que la Grande Bretagne est amenée à réaliser, rapportées aux plans de rigueur que successivement la Grèce, l'Irlande, l'Espagne, le Portugal, et d'une manière plus discrète la France doivent s'imposer, suffit à nous en convaincre.
Quelle que soit l'unité de compte les déficits coûtent d'autant plus cher en effet qu'on refuse de payer au comptant. Accuser, par facilité démagogique, les banquiers, les marchés ou le FMI, revient à l'attitude d'un malade qui casserait son thermomètre dans le but de faire baisser la fièvre.
Mais Emmanuel Kessler va plus loin. Il s'amuse à anticiper la campagne présidentielle de 2012. Sur ce terrain, il prophétise :
"Il y a douze candidats. Je ne vais pas vous détailler les programmes. Mais il y a un point commun : quelque chose qu’on n’avait jamais vu dans une présidentielle. Personne ne promet de baisser les impôts. Pour s’en sortir, et redresser ses comptes, la France doit remplir ses caisses. Alors on sait qu’il va falloir augmenter certaines taxes. Le débat fait rage en revanche sur la manière de répartir l’effort. Rendre les impôts plus justes, pour que ça soit supportable pour tous. Faut-il une TVA sociale ? Un impôt sur la super-fortune ? Tiens, cette fois-ci, la campagne est vraiment passionnante."Et certes, on ignore en 2011 si ce scénario correspondra effectivement à l'ensemble du prisme de cette campagne de 2012.
Il semblerait dommageable, cependant, que l'on s'en tienne là. Car il apparaît nécessaire qu'un 13e candidat au moins prenne ici l'occasion de dire aux Français une autre vérité, et précisément celle que les autres ne leur révèleront probablement pas. Car en fait tout le monde pourrait y accéder.
En effet,
- ni la TVA sociale,
- ni aucun super-impôt nouveau,
- même réduit à ce que Kessler appelle "la super-fortune",
- ni aucune des taxations en cours d'élaboration,
- ni non plus les alourdissements annoncés comme votés d'avance, puisque décidés, nous dit-on, par "Bercy", dans le courant de l'année 2011,
- ne pourront ni ne sauraient résoudre les problèmes du pays. Bien au contraire tout impôt supplémentaire ne peut que les aggraver.
Il ne s'agit pas de "financer" les gaspillages. Il faut les abolir.
L'urgence impose une diminution de la pression fiscale et des charges sociales, conditionnée par une décrue plus forte encore de la dépense publique.
Et c'est sur ce point que doit porter le développement d'un courant d'opinion.
Nous disposons, grâce à la crise du risque souverain, hélas pour nos amis grecs, d'un exemple frappant.
Nous pouvons en cette douloureuse et humiliante occurrence observer un exercice à balles réelles. Voilà un pays, ruiné par cinq années de démagogie politicienne. Cela constitue un vrai cas d'école. L'endettement vient toujours des déficits antérieurs de l'État. Il a été fabriqué essentiellement par le "social à crédit" et par le fonctionnariat. (2) Le système s'est alourdi jusqu'en 2009. À Paris, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on appelle encore cela le "modèle social français": toujours plus de dépenses publiques, jamais remises en cause, au nom de leur prétendue popularité.
Après plusieurs années d'une croissance brillante de l'économie grecque, plus de 4 % par an entre 2001 et 2008, la crise initiée à partir de septembre 2008 par la faillite de Lehman Brothers a stoppé cette progression, visible à l'œil nu, de la prospérité du pays. Au nom de la consommation populaire, la dépense publique a continué d'augmenter cependant, sans aucune restriction à la fois de peur de l'impopularité et en vertu de la croyance dans le vaudou keynésien. Elle avait atteint en 2009 son pic de nuisance à 53 % du PIB.
Un plan radical de désinflation budgétaire et de privatisations a été mis en place. La conjoncture politique s'y prêtait, puisque la révélation du gouffre coïncidait avec une alternance politique et que, d'autre part, le nouveau gouvernement, d'étiquette social-démocrate, pouvait marginaliser sa propre opposition de gauche. Pour le bien du pays, il va désormais faire baisser de deux points par an, pour ramener ce taux à 45 % pour l'année 2014.
Soulignons bien à ce sujet que 2 points de baisse annuelle du taux de dépense publique, dans n'importe quelle société démocratique, cela représente un effort énorme. Un programme quinquennal de baisse de 1 point par an, en France, n'a jamais été entrepris.
Notons aussi que les premiers résultats ont correspondu, tout au long de l'année 2010 et en termes globaux, aux objectifs et prévisions. Le déficit budgétaire se dégonfle régulièrement, au rythme demandé par les institutions financières.
On enregistre en revanche un recul de l'économie en termes de PIB, de - 4,7 % en 2010, après — 2,3 % en 2009 ; on le prévoit encore à hauteur de – 3 % en 2011. La croissance réapparaîtrait en 2013 et le niveau de prospérité antérieure en 2014-2015. Le produit intérieur brut, évalué à 179 milliards d'euros en 2009, devrait atteindre à nouveau 180 milliards en 2015 après être descendu à un étiage de 166 milliards en 2011.
Cela n'ira pas et cela ne va pas sans heurts.
Ne surestimons pas cependant, contrairement à ce que suggèrent les médias français, les oppositions sectorielles qu'un tel programme suscite. Sur l'ensemble de l'année 2010, Athènes a certes connu plusieurs mobilisations syndicales, d'autant plus puissantes que la majorité des centrales échappe à la mainmise des nostalgiques du marxisme : 7 fois elles ont défilé pour tenter d'atténuer l'application de la rigueur. En comparaison, Paris a connu, la même année contre la réforme des retraites 9 mobilisations du même ordre, accompagnées chaque fois de plus de 200 défilés dans les diverses régions de l'Hexagone.
Au total la loi Fillon-Woerth tendant à "réformer les retraites" est passée en France, et le plan de rigueur s'impose et fonctionne en Grèce.
Le scénario dit de "l'explosion sociale" appartient encore, dans un cas comme dans l'autre, au cauchemar des Versaillais et au rêve éveillé des Communards. Cela relève de fantasmes passéistes, pas de l'actualité. Dans les années 1960, on nous enseignait doctement, dans les facultés d'économie et à l'Institut d'études politiques, qu'au-delà de 3 % de chômeurs une telle explosion deviendrait inévitable. (3) En fait la seule crise sociale ayant ressemblé à un tel événement mythique est survenue en pleine période de prospérité, en 1968.
D'autre sources de difficultés ne sauraient être oubliées.
Actuellement l'État grec emprunte à 4,1 % sur les marchés d'obligations à court terme, grâce à l'appartenance à la zone euro. Mais le taux de ses emprunts à 10 ans atteint 11,35 %. Cela devient un excellent placement pour les investisseurs que n'effraient pas la rumeur, régulièrement démentie, d'une renégociation de cette dette. D'ailleurs, d'autres opportunités de placements sautent aux yeux des gestionnaires avisés.
Mais c'est bien la décrue des dépenses publiques, et cela seulement, qui entraînera le retour de la croissance, avec le retour à l'équilibre du budget. Tous les raisonnements inverses, à base keynésienne, se sont toujours révélés pervers et déficients. Ce sont ces doctrines, ce sont aussi les défaillances des autorités de la régulation financière et ce sont, enfin, les interventions démagogiques des politiciens qui portent la responsabilité de la crise.
ApostillesJG Malliarakis
- cf. Le Figaro du 28 janvier 2012
- C'est très exactement cela que Frédéric Bastiat dans ses "Harmonies sociales" désigne sous le nom de "spoliation".
- Quelle joie de retrouver, en époussetant un vieux rayonnage, les âneries du manuel "Expansion et récession" publiée en 1963 par le professeur Marchal. M. Rocard y croit toujours !
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Autant je suis d'accord avec la teneur générale de votre article, autant il me semble que, si la Grèce, le Portugal et l'Espagne s'en tirent à meilleur compte pour l'instant que la Grande-Bretagne ce n'est que partie remise en attendant que la défiance en l'€ ait contaminé toute l'Europe.
La bonne solution est celle de l'Islande, qui a appliqué la jurisprudence d'Angoulême : prêteurs à risques, vous l'avez bien cherché.
La dette publique n'est autre chose que le racket de la classe moyenne - et de sa descendance ! - par l'oligarchie, le socialisme le mème que celle-ci utilise pour programmer les ignorants et les jaloux à son profit.
Rédigé par : D Falconni | mardi 01 fév 2011 à 01:16
Mise en perspective :
1) http://blog.georgeslane.fr/post/2009/05/03/L-Etat-de-la-France-a-la-lumiere-de-l-Union-europeenne
2)
http://blog.georgeslane.fr/category/Finances-publiques/page/16
3)
http://blog.georgeslane.fr/category/Finances-publiques/page/17
Rédigé par : G.L. | mercredi 02 fév 2011 à 14:50