Complément indispensable du régime post-démocratique actuel, de telles études d'opinion sont supposées nous dire ce que nous pensons. Peut-être même s'agit-il de nous dicter nos jugements. Mesurons les progrès accomplis depuis 2500 ans. Les sophistes de la République athénienne (1) à l'époque de Périclès (495-429) avaient inventé la toute-puissance de la communication. Le résultat se mesura au cours des 30 années auxquelles Thucydide donna le nom de guerre du Péloponnèse (431-404). À peu près aussi brillant que celui de ce qu'on appela drôle de guerre déclarée en 1939, conduite par le général Gamelin sous la haute autorité de Daladier d'abord, puis Paul Reynaud, dont le talent propagandiste de Jean Giraudoux put camoufler les insuffisances jusqu'au 10 mai 1940, mais non les corriger.
Certes, après la réhabilitation de la notion même de vérité par Platon, puis par Aristote, l'hellénisme attendit quelque 70 ans pour reprendre son développement. Ce fut l'œuvre du règne monarchique d'Alexandre (336-323), et pendant plusieurs dans les différents pays gouvernés par ses successeurs et leurs dynasties.
Mais, dira-t-on, la Grèce est redevenue une démocratie. La chose se passe en 1974, après Jésus-Christ, à la chute des colonels. Bien observé, en effet. Dans les années récentes elle s'est même habituée à la société de consommation, encore que les petits salaires y soient demeurés assez bas et que les prix en euros aient atteint des niveaux fort élevés.
Ces derniers temps le gouvernement avait été tenu par un parti considéré comme de droite. Il avait copié son appellation, avec 15 années de retard, sur celui adopté en 1959 par les inconditionnels du gaullisme en France : nouvelle république. Le premier ministre, balayé en octobre 2009, y avait pris l'habitude de ne rien décider sans consulter les instituts de sondages. Chacun de ses actes était dicté par l'état apparent de l'opinion.
Il eût sans doute mieux fait de consulter la pythie de Delphes.
Car le résultat quantifié défraye aujourd'hui la chronique, bien que, ou plutôt parce que, pendant les deux mandats qu'il exerça, de mars 2004 à octobre 2009, aucune mesure supposée impopulaire ne fut prise.
"Changer ou sombrer" a tout de suite déclaré courageusement son successeur, supposé homme de gauche, élu comme tel par le suffrage universel. Étrangement alors, la population blasée semble lui donner, dans son immense majorité raison. Ceci en dépit des fausses analyses et des pronostics des journalistes trotskistes, et des apeurements boursiers. Finalement en effet, très peu nombreux se révèlent ceux qui suivent ou précèdent les Mélanchon locaux qui, ayant obtenu 7 % des voix, s'agitent et aspirent comme partout à atteindre 8 %.
Allons toute ressemblance avec notre Hexagone se révélerait fortuite en involontaire. Chaque nation se sauvera elle-même, encore qu'elle pourrait avoir avantage, pour se guérir, à recourir aux remèdes universels.
JG Malliarakis
Apostilles
- cf. Jacqueline de Romilly "Les Grands Sophistes dans l'Athènes de Périclès" (Poche Références, 2004, 350 pages)
sur le site de Lumière 101

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