Ce matin, avant-veille de la prétendue grève psychodramatique du 19 mars, aussi rageusement qu'accidentellement j'entendais les nouvelles de France Inter. Je tendis donc l'oreille pour assister à l'un des déballages les plus réussis du bourrage de crânes : on expliquait aux Français ce qu'ils étaient censés penser eux-mêmes
Or cette démarche comme à l'accoutumée repose sur l'indication, le matraquage des sondages.
L'une de mes histoires préférées consiste en l'affirmation suivante, elle-même développée comme s'il s'agissait d'une question :
"Savez-vous, que, d'après une étude, 93 % des ressortissants des pays de l'OCDE prennent pour argent comptant n'importe quelle information dès lors et pourvu qu'elle indique un pourcentage ?"
Si vos interlocuteurs acquiescent, d'une manière ou d'une autre, faites-leur remarquer : "vous voyez, vous aussi."
Eh bien ce 17 mars à 7 heures du matin sur la radio d'État, on en a entendu des prédicats et des postulats de cette nature ! Que de chiffres ! Que d'opinions tranchées ! Majoritaires ! Surnuméraires ! Un raz de marée, vraiment ! Et tout cela d'après des sondages.
Tous, sauf un, je l'évoquerai un peu plus loin, se montraient très largement, trop largement, défavorables au gouvernement. Plus exactement ils vont à l'encontre du détenteur le plus en vue du pouvoir exécutif. Ce dernier se prête volontiers lui-même à une recherche d'omniprésence médiatique. Il en a fait apparemment sa stratégie et ses adversaires en font, de leur côté, leur restant de tactique. Ils se positionnent "contre" un personnage, à défaut de pouvoir nous dire exactement ce qu'ils feraient à sa place. Tout cela évite de réfléchir.
Ainsi les trois quarts des Français approuveraient, nous assure-t-on, "la" grève du 19 mars. Peut-être cette appréciation positive tient-elle au fait que le mouvement bimestriel annoncé bloquera à peine les transports en commun de l'Île de France. Le service minimum permettra donc aux manifestants de rejoindre commodément, et sans encombre, leur cortège. Un banc nominal leur est attribué, non plus à l'église, mais dans le car, confortable, loué par la centrale syndicale ou par l'association de retraités. Ai-je dit les trois quarts : il fallait lire 74 %, pas 75 ou 73. Cela va sans dire : d'après une étude, d'après un sondage.
Idem pour la question : approuvez-vous la politique économique du gouvernement ? Ah la grande question ! 62 %, si j'ai bien compris, répondent par la négative. Impressionnant. Quel désaveu !
A-t-on posé la question de la manière dont les mêmes sondés qualifieraient cette fameuse "politique" ? Libérale ? Socialiste ? Protectionniste ? Libre échangiste ? Étatiste ? Non seulement les avis divergent, sûrement, mais le jeu consiste même à n'en pas tenir compte.
Moi par exemple, je crains que le discours officiel actuel ne reconstitue la situation décrite par Pareto, que les tendances protectionnistes, de fait et de discours, débouchent sur le socialisme étatique, que d'autres appelleraient gouvernemental, ouvrant la voie au socialisme militant. Doit-on dès lors me comptabiliser dans les hypothétiques 62 % ? Je vous laisse juge.
L'important, le but du jeu tend à démontrer "qu’ils s'opposent", c'est-à-dire : vous vous opposez, nous nous opposons, il ou elle s'oppose, tu t'opposes, et par conséquent je m'oppose à cette orientation, et même, disons-le, à cette société, cette horrible société ca-pi-ta-liste.
Le petit jeu continue. Il peut d'ailleurs durer jusqu'au moment où l'auditeur se lasserait. L'audimat interpelle les techniques du prétendu service public de l'audiovisuel. Il ne freine que les modalités. Il n'introduit aucun doute dans les esprits de journalistes formés et formatés, assurément incapables de saisir la contradiction permanente de tels sondages où toutes les questions apparaissent biseautées. Je ne mets même pas en cause ici les techniques d'approche, les critères de rééquilibrage, les soi-disant catégories socioprofessionnelles du chef de ménage, les tailles d'échantillon, les âges du capitaine, les autocensures. Tout cela se réévalue, se corrige, s'améliore. Ce qui ne se redresse pas, bien au contraire, se rapporte à la cohérence de ce monstre appelé opinion publique.
Comment concilier cette unanimité factice "contre" un discours et "contre" une ligne économique gouvernementale qui ressemblent si fort à ceux d'Obama aux États-Uis avec les indices de la popularité, en France, du nouveau président américain ?
Peut-être faut-il alors rapprocher ce fait de l'approbation évaluée, cette fois, à 58 %, toujours des sondages, péremptoires car testés par des grandes marques, du retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN. Dans la pratique, le pas décisif remonte à 1991, sous un gouvernement socialiste, et alors que l'Union soviétique sombrait et que le pacte de Varsovie disparaissait. Toute le monde le savait sauf les politiciens, qui ont mis 18 ans à s'en rendre compte.
"Mais ceci, comme disait Kipling, est une autre histoire".
JG Malliarakis
Vous pouvez écouter l'enregistrement de cette chronique sur son lien permanent sur le site de Lumière 101.>
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Le personnage joue de son antipathie.
Merci pour cet appel à penser.
La contradiction des positions en politique économique est une cause séculaire de la faiblesse de la droite, voire de la France.
Le libéralisme est-il identique au laisser-faire indéfini en matière d'importation?
Un degré d'autarcie minimum ne fait-elle pas partie de la liberté d'un pays?
Où peut-on trouver une discussion équilibrée sur le sujet?
Rédigé par : jpgv | mercredi 18 mar 2009 à 01:03
Très bon billet.
Rédigé par : h16 | mercredi 18 mar 2009 à 12:54