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Depuis une semaine, constitutionnellement depuis le 2 avril, le parlement de Paris se réunit. Les grands moyens d'information de l'Hexagone en parlent à peine. Encore moins les journaux internationaux l'évoquent-ils. Cependant hier 8 avril, le débat comportant une double dimension, il reçut cette légère couverture médiatique qui permet de pimenter superficiellement un journal télévisé de grande écoute.
D'abord, pour la première fois depuis les élections du printemps 2007 le parti socialiste, revitaminé par les élections locales de mars, avait déposé une motion de censure. Celle ne recueillait que 227 adhésions, la procédure de l'article 49-2 permettant au gouvernement de revendiquer pour siennes chacune des 350 voix ne s'étant pas prononcées contre lui.
Dans de telles conditions, seul M. Dupont-Aignan se singularisa et fit seul défection en proclamant qu'il agissait de la sorte afin "que les Français sachent qu'il y a encore des gaullistes à droite". Lui-même dit condamner tout alignement sur Washington et l'envoi "de soldats à la boucherie" en Afghanistan. Une telle rhétorique convenait parfaitement aux alliés communistes de M. Hollande et de ses amis pour qui cette guerre serait perdue d'avance, M. Claude Cabannes rédacteur en chef de l'Humanité le disait sans ambages, lançant le mot d'ordre le 1er avril.
L'inévitable Noël Mamère s'avançait plus loin encore ce 8 avril dans l'expertise militaire défaitiste. Il affirmait ainsi que la "guerre" en Afghanistan n'était "pas gagnable parce que ses méthodes, ses objectifs, son contenu sont entièrement dirigés à partir des orientations de guerre préventive voulues par George Bush". Et cet individu verdâtre ajoutait l'explicitation véritable de son propos : "On aurait presque envie de dire : MM. Chirac et Villepin, revenez, ils sont devenus fous !". Plus fous que Chirac et Villepin, quelle audace ! On ne marie pas indemne les enfants de Bègles.
La tactique adoptée par le PS amenait aussi à François Bayrou et ses amis du Modem à ne pas voter avec eux, trouvant à redire sur la manière dont était rédigé leur texte. On se demande même si telle n'était pas le désir essentiel de la procédure adoptée.
Car sur le fond on reste sur sa faim, même après ingurgité les kilomètres de compte rendu de ce débat.
Ah certes il a permis à M. François Fillon, chef du gouvernement qui s'y trouvait contraint par la structure même du psychodrame mou prévu par nos institutions cinquantenaires, à un exercice oratoire léger de 45 minutes, une mi-temps de podosphère en quelque sorte, un soupir dans une après-midi du Fidel Castro de la grande époque, un battement de cil dans une journée de Rama.
Qu'y a donc déclaré le Premier ministre, chef de la majorité. Dénonçant un "antiaméricanisme primaire", il a nié toute dérive atlantiste de la diplomatie, et accusé à son tour la gauche de ne pas avoir de "plan sérieux" pour l'Afghanistan et de faire preuve de "conservatisme et de repli frileux". J'avoue trouver l'argumentaire un peu facile. Car la coalition des électeurs de Ségolène, n'ayant jamais fait part d'aucun projet sérieux pour les banlieues de nos grandes villes elle ne saurait susciter le soupçon d'en forger un pour celles de Kaboul ou de Kandahar.
D'autre part on notera la logique équilibriste de son propos : "Qui peut croire un instant, déclara-t-il, que nous mettions le sort de nos forces en Afghanistan en balance avec l'avenir de l'Otan, qui peut croire que les décisions du président s'attachent aux desiderata des Etats-Unis ou de n'importe quelle autre puissance ?". Oh quelle bonne question : qui pourrait croire en effet que M. Sarkozy ait vraiment modifié une seule seconde la ligne diplomatique du pays aux destinées desquelles il préside depuis un an ?
Je crois que les énarques qui nous gouvernent persistent dans l'erreur que facilite leur triste expérience administrative : ils prennent leurs compatriotes pour des imbéciles. De ce fait, ils sabotent, sans peut-être s'en rendre compte, ils rendent extrêmement irréaliste la volonté de réorientation de la politique étrangère que représente Kouchner, mais qui déplaît non seulement à MM. Dupont-Aignan et Noël Mamers mais aussi aux gens du quai d'Orsay leurs confrères en technocratie.
S'il existait un véritable parlement à Paris on aurait sérieusement débattu de ce sujet et on l'aurait exposé à l'opinion publique. Je regrette qu'il n'en soit pas ainsi le débat de fond se limitant à quelques médiats superficiels et à quelques propos à l'emporte pièce, alors que les affaires en cours, celle du Tibet et de la présence des représentants officiels de l'État aux Jeux Olympiques de Pékin, celles que gèrera la présidence française de l'Union européenne, celles que soulève le projet obscur d'une Union méditerranéenne, comme celles de la négociation faisandée avec les FARC en Colombie où M. Kouchner se rend aujourd'hui même, prouvent que la diplomatie française aurait besoin de s'appuyer sur des principes compréhensibles, permanents et forts.
Assurément cela devrait dépasser la polémique sur l'engagement militaire en Afghanistan. Celui-ci va certes se rapprocher de celui de l'Allemagne et de l'Italie qui y maintiennent respectivement 3 200 et 2 900 hommes, loin derrière les 7 800 Britanniques et les 15 000 Américains, et aux côtés d'une trentaine de nations libres. Ceci résulte d'engagements internationaux pris au lendemain du 11 septembre 2001. Le gouvernement était alors dirigé par M. Jospin. M. Chirac faisait fonction de chef de l'Etat et de chef des armées : faut-il le rappeler ? Quand au retour dans l'OTAN, les socialistes se souviennent-ils que le gouvernement Rocard en 1991, alors que l'Union soviétique et le pacte de Varsovie se désagrégeaient entreprenait ce virage décisif de la France, 25 ans après que De Gaulle, en pleine guerre froide eut retiré les forces françaises du commandement intégré ?
Oui la politique extérieure de la France mériterait un effort supplémentaire de lisibilité.
Il faut donc déplorer qu'une pratique constitutionnelle technocratique du pouvoir empêche encore de situer ce débat en son lieu véritable : celui d'assemblées parlementaires dont j'ose espérer qu'elles pourront sortir un jour de cette médiocrité.
JG Malliarakis
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L'extrême médiocrité du débat tient sans doute à l'incompétence générale du personnel parlementaire, et plus particulièrement à la nullité de l'opposition socialo-communiste. Les seuls véritables opposants à la ligne gouvernementale ne semblent-ils pas aujourd'hui issus de ses propres rangs, le pathétique sieur de Villepin en tête ?
Rédigé par : Philippe JOSSELIN | mardi 15 avr 2008 à 10:05