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Le pétrole brut à 100 dollars le baril, s'il coûte très cher aux consommateurs français ouvre bien des latitudes aux hommes de l'État. En France, la seule part centrale de la Taxe intérieure sur les produits pétroliers permet aux gens de Bercy d'empocher sans efforts plus de 18 milliards d'euros, chiffre prévisionnel pour 2007 qui sera évidemment dépassé. Les grandes compagnies n'ont pas non plus trop souffert de la situation mais en dehors de la manipulation des grandes peurs écologistes et de quelques dérisoires politiciens fantoches on ne les croit guère capables de sortir de leurs réseaux d'influence discrets.Plus spectaculaire semble l'incidence internationale et géopolitique de cette hausse du brut. Naguère, dans la période qui a suivi 1973, les émirs de la péninsule arabique avaient fait irruption sur la scène internationale, sur les marchés financiers et comme clients de nos industries du luxe. Depuis 3 ans, d'autres pays, d'autres acteurs, d'autres zones de conflits ont pris de l'importance.
Si le Venezuela de Chavez ou la Libye de Khaddafi se voient courtisés au-delà de leurs respectabilités légitimes, naturellement assez faibles, ces deux États voyous le doivent au prix du pétrole. Si la restauration de l'ordre intérieur et la remontée de l'audience internationale de la Russie se sont révélées possibles depuis l'an 2000, l'habileté politique et la fermeté de Vladimir Vladimirovitch Poutine ne doivent pas seules en recevoir la louange. Moscou peut remercier aussi le marché mondial des matières premières et de l'énergie. C'est le cours élevé des produits de ce secteur primaire de son économie qui permet de payer les traitements des fonctionnaires de l'immense Fédération de 88 territoires et de 14 millions de km2 apparue en 1991 sous les décombres de l'Union soviétique et le misérable champ de ruines du système communiste.
Même la régence barbaresque d'Alger fait aujourd'hui figure, sinon de pays civilisé, du moins de client solvable, grâce à la revente des produits de gisements découverts dans le Sahara par des ingénieurs français, – avant qu'on ne livrât gracieusement les départements des Oasis et de la Saoura, au FLN qui ne s'y attendait pas, lors des négociations d'Évian.
Or, dans ces évolutions certains observateurs commencent à remarquer le déplacement des champs pétrolifères en voie de découverte ou de mise en valeur. Outre le continent américain (golfe du Mexique, Brésil etc.) l'Asie centrale, assure-t-on, va jouer un rôle stratégique capital, notamment la mer Caspienne et le Kazakhstan. On peut aussi regarder la position géographique de l'Irak, comme faisant la liaison entre l'Orient arabe et ces pays d'Asie dont les montagnes du Kurdistan forment le contrefort.
Il semble difficile de l'imaginer encore, mais ce "grand jeu" du XXIe siècle, qui voit d’ores et déjà aux prises diverses puissances véritables ou émergentes, tend à laisser l'Europe entièrement tributaire, lors même qu'elle se gargarise de son évanescente influence.
Où réside la "puissance" de M. Javier Solana, en dehors d'un carnet de chèques dont on lui désigne les bénéficiaIres ?
Ainsi, du fait de l'inconsistance et des divisions européennes, le groupe pétrolier Royal Dutch Shell présidé par le brillantissime Jeroen Van der Veer, associé à l'espagnol Repsol, piétine en Iran dans des négociations où pourtant les mollahs financièrement exsangues courent à l'évidence après les partenaires. Le groupe anglo-néerlandais s'affirme contraint de différer un investissement de 10 milliards de dollars dans le projet gazier de Pars Sud.
Ainsi, du fait de l'inconsistance et des divisions européennes, le consortium européen emmené par la compagnie italienne ENI, associée au groupe français Total et à Shell, risque fort de se voir évincé du Kazakhstan à Kashagan où il projette de mettre en valeur un des gisements réputé parmi les plus importants découverts dans le monde lors des 30 dernières années.
Non, par conséquent, dans ses incertitudes actuelles, l'Europe ne menace guère de s'ériger en puissance bien redoutable. Et dans le "grand jeu" du XXIe siècle cette inconsistance crée un trou noir.
Voila un fait objectif. Je vous laisse en tirer les conclusions.
Et j'adresse à mes amis lecteurs et auditeurs mes meilleurs vœux en ce début de l'année nouvelle.
JG Malliarakis
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