Vous pouvez entendre l'enregistrement de cette chronique, installé sur le site de Lumière 101
Le 22 octobre, sur LCI le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque jugeait que la grève reconductible des syndicats Force Ouvrière et SUD-Rail, notamment à la SNCF en Île-de-France, ne "menait à rien". Il demandait simplement un "étalement" de la réforme des régimes spéciaux.
"On voit bien, disait-il ce jour-là, que cette grève ne mène à rien. Il y a eu un mouvement exceptionnel" dans les entreprises à régimes spéciaux, "en particulier à la SNCF, qui a vraiment montré un rapport de force très fort". Chérèque se félicitait également que la gêne pour les usagers eût été limitée à "une journée bien précise. Aujourd'hui, excusez-moi l'expression, mais on emmerde tout le monde pour pas grand-chose, on rend désagréable la vie de dizaines de milliers de personnes qui vont travailler, alors qu'en restant plus unis on est plus forts". En effet FO et SUD-Rail avaient appelé à une grève reconductible à la SNCF. Et ils ont pu continuer de la sorte à poursuivre leur mouvement au-delà de la grève de 24 heures organisée le 18 par les 8 syndicats de l'entreprise, suivie à 74 %, et au terme de laquelle 6 syndicats avaient décidé de reprendre le travail.
On ne doit pas s'étonner d'une telle prise de position. Au soir de la grève du 18 octobre, la CFDT, deuxième fédération ferroviaire (11 % des voix au dernier scrutin syndical), adoptait exactement la même attitude que celle de la CGT : le travail allait reprendre à la fois sur le réseau ferré national et dans les transports en commun d'Ile de France, point névralgique de ce qu'on appelle habituellement un "mouvement social" dans notre pays.
Quand des ouvriers de telle usine débrayent pour revendiquer, ils ne paralysent en effet qu'une partie de la production, celle de leurs fabrications et des clients de l'entreprise. Ceux-ci auront tôt-fait de s'adresser à une concurrence actuellement inexistante dans les transports en commun.
Quand, au contraire, les dépôts d'autobus et les terminus du métro sont bloqués à Paris, toute la France se trouve entraînée dans une situation de crise. Et celle-ci peut d'ailleurs se cantonner à un simple psychodrame.
Or le 6 novembre sur Europe N° 1, Chérèque en personne, adoptait en apparence la position inverse de celle affirmée avec lucidité et bon sens les jours précédents. Il déclarait ainsi que le gouvernement pousse les cheminots à faire grève en ne répondant pas aux demandes de contreparties formulées par la centrale syndicale sur la réforme des régimes spéciaux de retraite. "Je crois qu'aujourd'hui, disait-il, et j'en ai les preuves, le gouvernement attend la grève pour faire des propositions de contreparties".
Ceci confirme très exactement ce que nous avons développé au cours de nos deux chroniques précédentes.
Le 1er novembre sous le titre La Marge de manœuvre du gouvernement sur les retraites soulignant qu'elle risque de coûter extrêmement cher aux Français moyens. Et le 2 novembre sous le titre "Étatistes et cégétistes la main dans la main" (Entretien installé en version audio dès le 29 octobre)sur le site de Lumière 101.
Aujourd'hui, et officiellement, la CFDT adopte la position suivante : elle se dit "d'accord pour l'harmonisation de la durée de cotisation, c'est-à-dire quarante ans" pour avoir droit à une retraite à taux plein.
"Mais, souligne le secrétaire général, nous souhaitons rentrer dans des négociations pour avoir des contreparties. À partir du moment où on ne donne pas la possibilité de négocier, on est dans l'obligation de montrer notre rapport de forces pour y arriver".
Et, comme nous l'avions annoncé, la négociation devrait porter principalement sur la question de la décote.
Intelligemment mené par les bureaucraties syndicales, ce point de détail pourra permettre aux détenteurs de privilèges de les renforcer en les intégrant au régime général de la sécurité sociale. Un tel accord, s'il se concrétise, permettra au gouvernement Fillon de communiquer sur une apparence de succès puisqu'il aura alors accompli une réforme.
Cela n'empêchera pas, au contraire la paupérisation inéluctable des régimes dits de répartition, gérés par les technocrates et défendus par tous les politiciens, par la plupart des journalistes, par le plérôme des fonctionnaires et par l'unanimité factice de dirigeants syndicaux en quête de subventions pour combler leur absence d'adhésions.
Le combat pour le libre choix de la protection sociale n'en deviendra que plus urgent.
JG Malliarakis
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