Écoutez l'enregistrement "podcast" de cette chronique :
Si j'en crois l'entretien accordé à Mer et Marine en ce joli mois d'avril 2007 par M. Xavier de la Gorce, Secrétaire Général à la Mer, le démantèlement des navires constitue l'une des préoccupations majeures de la politique maritime de l'État.
L'Hexagone n'éprouve-t-il plus l'appel de la Mer ?
Qu'on me permette donc, aujourd'hui, en pleine campagne présidentielle, et sans trop me fier aux certitudes généalogiques d'évoquer un mince symbole. Il se situe hélas parmi une foule possible d'autres exemples.
Et tous concourent à signifier la fonctionnarisation et le recul de l'esprit d'aventure entrepreneuriale dans notre société technocratique.
Le déclin de la marine marchande française tient certes à de nombreux paramètres. L'administration parisienne s'en préoccupe évidemment fort peu. Et cela pourrait presque constituer une raison d'espérer pour le pavillon national, si cette indifférence permettait vraiment le libre essor d'activités maritimes, qui eurent leurs heures de gloire, et dont la richesse pourrait se fonder sur de nombreux atouts géographiques et humains. Faut-il le rappeler ? Je le crains. Et je me demande même si les noms de Jean Bart, de La Pérouse ou de Jacques Cartier qui peuplèrent les rêves de notre jeunesse disent encore quelque chose aux petits enfants de ce pays.
Inutile, hélas, de souligner, une fois encore, combien le blocage récent du port de Marseille par la CGT a encore manifesté le poids malfaisant du communisme, allant bien au-delà des 2 % promis par de trompeurs sondages à la sinistre Marie-"Joe" Buffet. Trop facile à développer.
Je prendrai plutôt pour exemple et pour symbole l'élection de M. Eudes Riblier nouveau président de la Fédération patronale des armateurs de France. L'événement s'est déroulé le 3 avril et ce matin-là La Voix du Nord le traitait comme une grande nouvelle, du moins dans son édition locale de Calais, puisque l'entreprise que M. Riblier dirige, la Sealink-Seafrance, s'y trouve économiquement basée. Le 5 avril, le quotidien économique Les Échos y consacraient un bel article, mais en page 10, saluant la promotion de cet excellent cadre dirigeant "à la proue de la marine marchande française".
Pas antipathique, du moins sur les photos, M. Eudes Ribler, âgé de 55 ans, peut se prévaloir d'une estimable carrière. En 10 ans la Sealink s'est brillamment redressée, sachant que cette filiale de la SNCF, vouée au trafic entre Calais et Douvres a dû faire face en 1999 à la suppression du commerce hors taxe ("duty free") qui représentait par ses ventes à bord, d'alcools et de cigarettes notamment, 60 % de son chiffre d'affaires. Dans le même temps, la flotte de la Sealink est passée de 4 à 6 navires. Fièrement le site officiel de l'entreprise annonce : "En 2007, SeaFrance sera transporteur officiel du Grand Départ du Tour de France qui s'élancera le 8 juillet de Londres. En 2006, SeaFrance a transporté : 3 573 000 passagers ; - 650 000 voitures ; - 22 000 autocars ; - 765 000 camions. La compagnie emploie 1 700 personnes, dont 1 200 navigants français. C'est le premier employeur privé de la ville de Calais. Sa filiale SeaFrance Limited compte 200 salariés en Angleterre."
On regrette seulement de ne pas trouver le chiffre des subventions reçues directement ou indirectement des collectivités locales et de l'État.
Il existe donc, dans le contexte du marché unique européen et de la redoutable mondialisation, un avenir pour nos activités maritimes : voilà une joyeuse nouvelle et pourquoi ne pas saluer l'excellent M. Riblier.
Mais j'avoue aussi rêver un peu mieux et peu plus pour la grande tradition maritime française que le symbole d'une ligne transmanche concédée et administrée comme un service public, sous la direction d'un ingénieur.
On rêverait en somme de voir la tête d'une organisation maritime un marin, et comme figure de proue d'une structure réputée patronale, un entrepreneur.
JG Malliarakis
Commentaires